L’alcool… simplement un breuvage; quoi boire quand on ne boit pas ?

Cette année, je fêterai ma troisième année de sobriété. Dire que je n’aurais jamais cru cela possible, et pourtant, m’y voici ! Cette décision, je l’ai prise le 22 avril 2018 après avoir encore une fois dépassé les limites de l’acceptable dans une situation qui ne s’y prêtait absolument pas. Cette soirée, j’étais encore une fois de plus la seule à n’avoir pas su m’arrêter, malgré ma bonne conscience qui avait essayé de m’avertir à plusieurs moments que c’était assez.

Ce problème, je l’ai depuis longtemps… très longtemps. Mon problème, c’était comme un animal en hibernation. Il était là, enfoui profondément, en état de léthargie et n’attendait que le printemps pour s’éveiller. Malheureusement, à la différence des animaux, mon problème n’est jamais retombé en hibernation.
Mon printemps à moi, ce fut l’adolescence. Ce moment où on s’éveille à de nouvelles expériences, où on découvre les effets de la chaleur humaine, où on se transforme rapidement, un peu comme un bourgeon qui fleurit. Vers la fin de mon secondaire, comme bien des jeunes de mon âge, j’ai découvert les plaisirs de l’alcool et des fêtes entre amis. À ce moment, je n’aurais jamais pu imaginer qu’un simple breuvage deviendrait le combat d’une vie.

Pendant cette période, l’alcool servait de fil conducteur entre chacune de mes nouvelles expériences. Il est devenu une raison de m’amuser, un outil pour m’aider à rencontrer des gens, une excuse pour vivre des expériences, un cadeau pour me récompenser, une manière de voyager, une solution pour diminuer mon anxiété, un peu de courage pour relever des défis et, la plupart du temps, une bouée pour surmonter l’insurmontable sans déraper complètement.

J’avais l’impression que consommer m’aidait à évoluer et à vivre des choses que je n’aurais pas eu le courage de faire autrement. Pour moi, l’alcool me permettait de devenir une meilleure version de moi-même; une version plus drôle, plus souple, plus simple. L’alcool me permettait aussi de relever les défis de la jeune vie d’adulte qui me dépassaient complètement lorsque j’étais à jeun. Donc, j’avais l’impression que j’évoluais et que j’avançais beaucoup plus facilement en consommant.

Et lentement, mais insidieusement d’un simple breuvage, l’alcool s’est transformé en besoin vital. Boire est passé d’activité sociale à activité solitaire, consommer est devenu la source de mon anxiété, l’alcool m’enlevait souvent le courage de faire face à ma vie et aux dommages que je commençais à y causer. Ce fil conducteur d’énergie s’est converti en ligne à haute tension qui électrocutait tout sur son passage.

Et vint un moment (vers la mi-fin vingtaine) où j’ai réalisé que l’entourage avec qui je festoyais, s’assagissait, vieillissait, changeait; que leur été devenait tranquillement automne. Ces gens, avec qui j’avais découvert cette nouvelle forme de plaisir, avaient tranquillement remis l’alcool à sa juste de place, celle de breuvage tout simplement. C’est pendant cette période que j’ai réalisé que je n’étais pas comme les autres. Pour moi, la juste place de l’alcool était loin d’être simplement un breuvage; c’était la plupart du temps la pierre angulaire de mon quotidien. J’étais coincée entre mon printemps d’adolescente et mon été de jeune adulte et je ne voyais pas comment en sortir afin de poursuivre mon évolution comme le faisaient les gens autour de moi.

Puis, vinrent les années de ma fin vingtaine où je me suis battue contre moi-même pour que ce qui devait à la base être un simple breuvage accompagnant une activité reprenne sa place dans l’ordre des choses. Finalement, en 2018, je me suis résolue à prendre des mesures drastiques puisque j’avais compris que ce combat, je ne pourrais pas le gagner autrement.

L’alcool, un simple breuvage

Lorsque j’ai commencé mes démarches pour cesser de consommer, j’avais l’impression d’avoir le mont Everest devant moi à devoir escalader. Je n’en avais ni le courage ni l’envie. Je ne savais absolument pas par où commencer. En fait, la solution était simple, mais tellement difficile à prendre en même temps. Je devais simplement arrêter de boire et aller chercher de l’aide.

À ce stade, je ne voyais aucun problème à consulter des professionnels de la santé ou me rendre aux rencontres des AA. Le problème résultait dans la portion « arrêter de boire ». Pour moi, cela voulait carrément dire « bye bye plaisirs, sorties et récompenses ». Qu’est-ce que j’allais faire de mes soirées ou des journées chaudes d’été ? L’idée de cesser complètement me désemparait; j’avais l’impression qu’on m’enlevait une partie des fondations sur lesquelles mon quotidien s’était construit depuis tant d’années.

Disons que ce cercle vicieux dans lequel je m’étais confortablement installée depuis trop longtemps m’avait enlevé tout sens de la perspective. Je m’étais construit une réalité dénuée de sens commun et j’avais un sérieux besoin qu’on « pête balloune » afin que je retombe les deux pieds sur Terre. Ce wake-up call, il me fut donné par le biais d’une phrase toute simple de mon conjoint :

L’alcool, c’est juste un breuvage.

Juste un breuvage ? Parle-moi d’une phrase simple qui remet les choses en perspective ! La définition d’un breuvage est la suivante : « liquide destiné à la consommation. On trouve des breuvages froids ou chauds, gazeux, alcoolisés ou non alcoolisés. »

Ce mot, tellement terre à terre, tellement beige, tellement ennuyeux et pourtant, tellement juste. J’étais en train de gâcher ma vie pour un liquide destiné à la consommation et j’hésitais à lui dire au revoir malgré son insignifiance, sa petitesse. Force fut de constater que les fondations de ma réalité reposaient malheureusement depuis trop longtemps sur un concept aussi quelconque et banal.

En analysant la définition de breuvage, il est facile d’arriver à la conclusion que celle-ci n’englobe pas les concepts « activité, voyage, amis, sortie, récompense, confiance en soi, bonheur, croissance, plaisir, etc. ». Et pourtant à travers les années, j’avais non seulement créé ma propre définition, mais je m’étais bâtit un monde de croyances et de limitations autour de celle-ci. J’avais donné à ce breuvage une importance que je n’aurai jamais même imaginé donner à l’un de ses semblables.

Pensez-y… qui gâcherait sa vie pour un verre d’eau ou un verre de lait ? Et pourtant ce sont également des breuvages. Alors pourquoi étais-je prête à le faire pour l’alcool qui pourtant correspondait à la même définition que ses pairs ?

À ce moment, j’ai débuté la déconstruction de mon monde imaginaire et j’ai commencé à me réapproprier la signification d’activité, de récompense, de sortie, d’amis, de voyage, de rencontre, en le faisant avec différents breuvages. Ce fut (et c’est toujours) un parcours de hauts et de bas, où le mot breuvage me servait tantôt d’outil pour persévérer quand je manquais de courage, tantôt d’armure pour me défendre contre les tentations.

Se trouver de nouveaux breuvages

Une des peurs que j’avais en entamant mon processus était de ne pas savoir quoi boire le soir, la fin de semaine, dans des soirées, sur une terrasse, en vacances… Je ne pouvais imaginer avoir le même plaisir à me reposer sur une terrasse au soleil, un verre d’eau à la main. Et je vous confirme que c’est le cas ! Bien que j’adore boire de l’eau, cela relève davantage du besoin nécessaire que du plaisir festif.
La première chose fut de réapprendre à ressentir le plaisir pour ce qu’une activité procure, et ce sans artifice ou distraction. Ce fut effectivement un apprentissage, car pour moi le plaisir n’était pas engendré par l’activité, mais par l’alcool. En fait, l’activité n’était qu’un prétexte pour consommer sans me sentir coupable. Je réalise que j’avais autant de « plaisir » à consommer seule à la maison qu’à le faire pendant une soirée entre amis. Donc, la soirée n’était qu’une excuse alors qu’elle aurait dû être la source initiale du plaisir.

La deuxième chose fut de développer ma créativité afin de me créer ou de dénicher des breuvages festifs, sans alcool. Je me suis surprise à découvrir beaucoup plus de choix que je l’aurais cru.

Quelques idées pour vous

Voici mes breuvages et suggestions non alcoolisés préférés :

Kombucha : boisson fermentée légèrement acide, à base de thé. Ma préférée : la Rise.

Mocktails : la plupart des cocktails que vous aimez se font sans alcool. Mon préféré est le virgin mojito. Il existe aussi plusieurs marques de prêt à boire. Pensez à Étienne Boulay, ancien joueur de football, qui a démarré sa compagnie de prêt à boire, Atypique.

Bière sans alcool : plusieurs microbrasseries l’offrent maintenant, par exemple BockAle. Il existe aussi la fameuse bière 1664.

Moût de pommes : j’adore celui de la cidrerie Michel Jodoin.

Mousseux : j’aime beaucoup le Freixenet Legero qu’on retrouve à la SAQ.

Cooler au spiritueux : pensez au Brise-Glace de Noroi, qui est le premier Gin & Tonic prêt-à-boire sans alcool québécois.

Sirops artisanaux : pensez à Monsieurs Cocktail qui fait les meilleurs sirops artisanaux naturels pour relever vos boissons, et depuis peu, des boîtes prêt-à-mixer. Je mélange les miens avec du tonic ou de l’eau minérale.

Vin non alcoolisé : j’aime bien le Eins Zwei Zero Riesling sans alcool.

Eau tonique : par exemple la marque Littoral

Thé glacé : chaque été, David’s Tea sort une super collection de feuilles de thé conçues pour le thé glacé.

Smoothie : facile à faire à la maison, sinon il existe les smoothies Evive.

Et je ne parle même pas des jus de fruits frais, des milkshakes et je pourrais continuer encore. Avec un peu d’imagination, il est vraiment simple de trouver une boisson originale pour accompagner une activité.

En terminant

La consommation et la dépendance sont des choses à ne pas prendre à la légère, et ce dès votre jeune âge. Plus souvent qu’autrement et malheureusement, on attribue ce problème à une catégorie de personnes; le stéréotype du sans-abri vivant dans la rue, ayant une enfance difficile, provenant d’un milieu défavorisé… Bref, vous voyez le portrait.

Ces préjugés créent de la honte, de l’isolement et des tabous envers les gens qui ne correspondent pas du tout à cette image. Et pourtant, il y a probablement plus de gens comme vous et moi, sans passé douteux, ayant un mode de vie normal, étant éduqués, ayant une maison, une famille, venant des milieux plus aisés, aux prises avec ce problème qu’il peut y avoir de gens correspondant au stéréotype typique de l’alcoolique vivant dans la rue.

La dépendance peut toucher n’importe qui, peu importe la race, l’âge, le genre, le statut social. Il s’agit d’une maladie qui ne sélectionne pas son hôte en observant des critères précis. Si vous pensez être seul, je vous rassure que ce n’est pas le cas.

Ce n’est pas par plaisir que je vous partage mon histoire avec aussi peu de pudeur et de retenue, mais parce que je souhaite que vous trouviez en moi une amie qui vous comprend et qui vous ne juge pas. Je souhaite sincèrement défaire les tabous entourant cette dépendance. La consommation crée ce sentiment d’isolement et cet isolement contribue à la consommation. C’est un cercle vicieux qu’il faut briser.

Je me suis longtemps sentie seule dans mon combat. J’avais l’impression que tout le monde autour de moi avait été épargné et que j’avais été la seule gagnante de cette loto maudite. Bien que j’eu beaucoup d’aide et de soutien de mon entourage, aucun d’entre eux n’avait traversé ce que je traversais. Je n’avais pas d’amis ou de connaissances à qui parler de ce que je vivais, qui pouvaient me comprendre en retour. Cette solitude, je ne vous la souhaite pas et je veux que mon histoire serve justement à briser celle-ci.

Mon message à vous c’est tout simplement que vous n’êtes pas seul, vous n’êtes pas anormal et que nous sommes plusieurs dans ce bateau. Plus nous serons de gens à en parler, plus nous détruirons les tabous et pourront inspirer nos semblables à choisir d’apporter des changements positifs dans leur vie.

Rappelez-vous, on ne choisit pas d’avoir ce problème, mais on peut choisir la manière dont il contrôlera le reste de notre vie. Ne laissez pas un simple « breuvage » dicter votre futur. Ce n’est qu’un liquide destiné à la consommation après tout !

Amitié, Laurie ♥